La Standard Chemical

L’usine de la Standard Chemical

Rue de la Vieille-Usine

 

On a peine à imaginer qu’aux abords de cette rue paisible, enserrée entre le lac Mercier, le lac Moore et le mont Plaisant, se dressaient autrefois les hautes cheminées d’une usine de produits chimiques qui crachaient nuit et jour une fumée noire. De cet épisode méconnu de l’histoire de Mont-Tremblant, seuls subsistent aujourd’hui un nom de lieu – la rue de la Vieille-Usine – et des bribes de souvenirs conservés dans la mémoire des anciens.

 

Au moment où l’A. D. Gall Petroleum and Chemical Company s’établit sur les rives du lac Mercier, vers 1906, l’endroit  sauvage et isolé, ne compte qu’une poignée de colons, auxquels s’ajoutent pendant l’été quelques villégiateurs. Mais pour les industriels, le site est idéal. La matière première – le bois franc – semble inépuisable, la main-d’œuvre est captive et, grâce au train, il ne faut que quelques heures pour transporter jusqu’à la raffinerie de Montréal les solides et les liquides produits sur place.

Quatre ans plus tard, l’usine passe aux mains de la Laurentian Chemical Company, qui deviendra par la suite une filiale de la Standard Chemical Company, une multinationale basée à Toronto, inscrite à la bourse de Londres. Outre les bâtiments industriels, qui s’étendent sur un vaste terrain, l’entreprise est propriétaire du magasin général du village, d’un hôtel où elle loge certains de ses ouvriers, de scieries et d’immenses forêts dans les cantons voisins. Lac-Mercier est devenu un petit « village de compagnie » dont les habitants ne doivent leur survie qu’à la présence de l’usine.

La production repose sur la pyrolyse du bois. Dans chacun des huit fours d’acier de l’usine, on fait chauffer à haute température six cordes de bois franc séché (de l’érable, du hêtre ou du bouleau). Au bout  de vingt-quatre heures, la matière ligneuse s’est transformée en charbon tandis que les gaz et les vapeurs, condensés et diversement traités, deviennent de l’acétate de chaux et de l’alcool de bois brut,  auxquels s’ajoutent des sous-produits tels que le goudron. Pendant la Grande Guerre (1914-1918),la majeure partie de l’acétate de chaux produit dans les usines québécoises est transformée en acétone et exportée en Angleterre, où on s’en sert pour fabriquer de la cordite, un explosif sans fumée.

Chaleur extrême, dangers d’explosion, odeurs suffocantes, risques de brûlures et d’intoxication : les conditions de travail des ouvriers sont pénibles et leur salaire, dérisoire (9 $ par semaine pour 60 heures de travail, selon le recensement de 1911). Les travailleurs de la Laurentian Chemical s’y résignent : « scieurs de bois et porteurs d’eau », ils n’ont jamais connu autre chose que la misère, les privations et le labeur harassant. Au début des années 1920, l’usine emploie de 35 à 40 hommes, sans compter les dizaines de bûcherons qui coupent les 48 cordes de bois quotidiennes nécessaires à la production.

 

L’industrie traverse cependant une grave crise entraînée par la concurrence européenne et par l’apparition de nouveaux produits synthétiques. Vers 1926, l’usine de Lac-Mercier ferme ses portes. Pendant  quelque temps, les rumeurs de réouverture circulent, mais les bâtiments désaffectés de l’usine ne seront bientôt plus que le terrain de jeu des enfants, qui s’amusent à lancer sur les toits de tôle les morceaux de charbon disséminés sur le sol.

Recherche et rédaction : Danielle Soucy

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